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Blog mis à jour: 07/10/2008 14:05






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03/10/2008 8:57
Decoin Didier, John l’Enfer (0 commentaire)

"Dans cette foutue histoire, Ganançay, il n’y a rien de politique, je vous le jure."

Considération d’Oriane (crayon de couleur garance): c’est du moins ce que lui dit Norpois. En fait, tout dépend de ce que l’on entend par politique. Une histoire d’amour, de jalousie, de tromperie, de trahison n’est-elle pas politique dès lors qu’elle concerne un personnage public comme le
Général? Et ne serait-elle pas politique, dans la mesure où la politique est étroitement intriquée à des considérations culturelles beaucoup plus vastes, si elle concernait des personnages plus ordinaires? Dans certains contextes (donc dans tous…) une affaire de mœurs est toujours politique et parler des amours de X… ou de Y… ne peut pas ne pas avoir d’implications politiques.





31/08/2008 10:12
Louÿs Pierre, La femme et le pantin (0 commentaire)

"Le soleil montait dans un grand ciel libre et bleu. La mâture encore brune des vieux arbres du parc laissait voir par intervalles le vert des lauriers et des palmiers souples. […] Je me vois encore, le dos à la fenêtre, près d'un rayon de soleil qui zébrait le plancher... […] Un carré de ciel noir étoilé, où s'effilaient des nuées bleuâtres, dominait le patio blanc. Tout un étage brillait, éclairé par la lune, et le reste de la cour reposait dans une ombre confidentielle."

Considération d’Oriane (feutre bleu): nous — nous les écrivains et écrivaines — avons besoin de la description, elle donne seule chair à nos mondes de mots, laisse croire au lecteur des liens avec le réel de nos griseries verbales. C’est pour cela que j’aime collecter, au cours de mes lectures, des éléments descriptifs que je pourrai ensuite recycler comme ce soleil qui «zèbre» le plancher et donne au texte une tonalité inquiétante ou cette «ombre confidentielle» qui met cette cour dans une intimité calme. Est-ce du plagiat, peut-être… mais peu importe, mon ciel deviendra «libre et rose» quelque part pour un crépsucule ou mon soleil "griffera" le plancher. Qui en devinera l'origine?





06/08/2008 7:58
Boyd William, L’après-midi bleu (Trad. C Besse) (0 commentaire)

"La façade sur rue présentait une série de murs rideaux en stuc crème, des rectangles plats de ciment peint disposés de façon à révéler des ouvertures — de verre, d’espace — ou à se chevaucher un peu, donnant l’impression de diminution des volumes. La géométrie stricte de cette composition était soulignée, et compensée, par les deux pins que j’avais laissé pousser au bord de la route."

Considération d’Oriane (encre verte): j’ai toujours un problème avec les descriptions littéraires, d’une part je n’en vois pas toujours l’utilité (celle-ci notamment ne me semble pas indispensable mais peut-être n’ai-je pas tout compris bien que je ne sois pas sûre qu’il y ait toujours à comprendre…), d’autre part — plus grave…—, je ne parviens que très rarement à me représenter ce qui est décrit, il me semble toujours que ce sont des mots sur des mots sans implication pragmatique. Une photo, un dessin me semblent très préférable mais comment les intégrer dans un roman ?





16/06/2008 11:19
Châteaubriand Alphonse de, Monsieur des Lourdines (0 commentaire)

"Un chemin creux, qu’il leur fallait prendre, se présenta, empâté d’un talus à l’autre d’une boue profonde.


M. des Lourdines, sans hésiter, y entra, enfonçant jusqu’à la cheville. Anthime préféra grimper sur le talus, où il ne s’avança que lentement, dans un bruit d’étoffe accrochée.

La terre grasse s’éboulait sous ses semelles, il glissait sur des mousses visqueuses, les épines de la haie lui entamaient les mains, tandis que, plus loin, son père avait depuis longtemps touché le terrain solide."

Considération d’Oriane (bic rouge): j’ai quelques difficultés avec les descriptions de paysage car je ne suis pas sûre qu’elles soient utiles à l’écriture romanesque. Elles font partie de conventions comme d’autres rarement remises en cause… Je m’efforcerai donc d’en utiliser quelques unes. Ce pourraient être le Général Proust jeune et son père dans un espèce de «rite d’initiation» campagnard.


10/05/2008 9:25
Pessoa Fernando, Le livre de l’intranquillité (2 commentaires)

"La lassitude de toutes les illusions, et de tout ce qu’elles comportent — la perte de ces mêmes illusions, l’inutilité de les avoir, l’avant-lassitude de devoir les avoir pour les perdre ensuite, le chagrin de les avoir eues, la honte intellectuelle d’en avoir eu tout en sachant qu’elle serait leur fin.


La conscience de l’inconscience de la vie est l’impôt le plus ancien que l’intelligence ait connu. Il y a des intelligences inconscientes — éclats fugitifs de l’esprit, courants de la pensée, mystères et philosophies — qui ont les mêmes automatismes que les réflexes de notre corps, ou que le foie et les reins dans la gestion de leurs excrétions."

Considération d’Oriane (Bic vert): j’aime bien ce rabattement presque sadien de l’esprit au niveau de la merde, il y a là quelque chose d’un pessimisme absolu qui, de loin en loin, me correspond. Il y a aussi un jeu littéraire, comme l’emploi d’une formule d’engendrement intéressante — notamment le génitif biblique — pour produire du texte (il est possible d’utiliser la même formule sur une quantité de thèmes différents).

Note du copiste : une confirmation encore d’une de mes hypothèses, ce texte est imprimé page 99 de l’édition Christian Bourgois (il est vrai que ce n’est pas un livre « de poche »).


05/05/2008 11:19
Lafargue Paul, Le droit à la paresse (0 commentaires)

Travaillez, travaillez, prolétaires, pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous avez plus de raisons de travailler et d'être misérables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste. Parce que, prêtant l'oreille aux fallacieuses paroles des économistes, les prolétaires se sont livrés corps et âme au vice du travail, ils précipitent la société tout entière dans ces crises industrielles de surproduction qui convulsent l'organisme social. Alors, parce qu'il y a pléthore de marchandises et pénurie d'acheteurs, les ateliers se ferment et la faim cingle les populations ouvrières de son fouet aux mille lanières. Les prolétaires, abrutis par le dogme du travail, ne comprenant pas que le surtravail qu'ils se sont infligé pendant le temps de prétendue prospérité est la cause de leur misère présente, au lieu de courir au grenier à blé et de crier: «Nous avons faim et nous voulons manger !.» Au lieu d'assiéger les magasins de M. Bonnet, de Jujurieux, l'inventeur des couvents industriels, et de clamer: «Monsieur Bonnet, voici vos ouvrières ovalistes, moulineuses, fileuses, tisseuses, elles grelottent sous leurs cotonnades rapetassées à chagriner l'oeil d'un juif et, cependant, ce sont elles qui ont filé et tissé les robes de soie des cocottes de toute la chrétienté. Les pauvresses, travaillant treize heures par jour, n'avaient pas le temps de songer à la toilette, maintenant, elles chôment et peuvent faire du frou-frou avec les soieries qu'elles ont ouvrées. Dès qu'elles ont perdu leurs dents de lait, elles se sont dévouées à votre fortune et ont vécu dans l'abstinence; maintenant, elles ont des loisirs et veulent jouir un peu des fruits de leur travail.


Considération d’Oriane (Bic mauve): Le Général disait «travaillez plus, vous gagnerez plus» chaque fois que lui était soumise une revendication (il en avait même fait un slogan…) mais je sais, de source sûre, qu’il n’en pensait rien n’étant pas dupe de cette fuite en avant. Ce en quoi il croyait profondément, en vrai libéral, c’est au «chacun pour soi» refusant de considérer qu’un des rôles de la société était, dans une certaine mesure, d’atténuer l’inégalité fondamentale et naturelle des individus. La vie, pour lui (un bon militaire) est un combat où il est juste que ceux qu’ils estimaient être les plus forts triomphent et dominent les autres.


16/04/2008 10:56
Boissière Jules, Propos d’un intoxiqué (0 commentaires)

"Taine, dans une page sur le séjour du peintre Gleyre à Khartoum; Fromentin, dans un chapitre du Sahel, ont noté l'influence déprimante des pays tropicaux, «des sensations perfides et douces» qu'ils apportent à l'Européen, et la difficulté de fuir pour qui s'est, quelques semaines, abandonné à la douceur, à la perfidie de ces sensations. Certes, les artistes, les Flaubert, les Goncourt, les Huysmans, les Leconte de Lisle, ont donné l'âme à leurs plus fortes oeuvres avec cette impatience de filer vers de nouveaux pays et des civilisations nouvelles, avec cet amour des étranges et lointaines manières de vivre et de penser, qui, douant de larges ailes leur esprit inquiet, les emporte loin de leurs contemporains et loin de leurs concitoyens. Leur désir s'alimente des dégoûts de l'existence quotidienne. Mais l'artiste qui ne sait pas se réfugier dans un rêve assez intense et assez splendide pour s'y consoler et s'y guérir, qui, peu confiant en les magies de la pensée, prend le wagon ou le paquebot pour fuir les hommes et les pays détestés, et qui demande l'oubli délicieux à l'Afrique arabe, à Ceylan ou à la civilisation indochinoise - celui-là est à jamais perdu pour l'art."

Considération d’Oriane (Bic mauve): j’ai en effet constaté cela lors du séjour du Général dans nos zones tropicales d’influence comme si l’homme n’était capable de créer, de se battre pour sa survie que sous les climats relativement hostiles. Les vieux et les riches vont se réfugier au sud, les SDF aussi… J’avoue que, si l’ambition du
Général, ne l’avait pas poussé à revenir dans son pays natal pour y jouer le rôle que l’on sait, je serai volontiers restée sous les tropiques.


15/03/2008 14:19
De Beauvoir Simone, Le sang des autres (0 commentaires)

"La Beude s’étire ; elle est roulée en boule devant la cheminée et les flammes lui rôtissent le visage, elle coud, les yeux baissé; l’aiguille s’enfonce avec une régularité mécanique dans le morceau de soie framboise. Une journée molle et grise s’écrase contre les vitres de la chambre. «Ça y est, pense-t-elle. Ça va venir. Ça vient.» Sa main serre un lambeau d’écorce dorée qui jute entre ses doigts. — Je n’aime pas les dimanches, dit-elle.


Dimanche, lundi… ça ne fait guère de différence. Le dimanche elle reste chez elle, mais continue à coudre; elle n’arrête jamais de coudre. Il y a, parmi les cendres, une petite détonation sèche."

Considération d’Oriane (encre violette d’écolier): Wilfrid et La Beude, deux personnages intéressants, marginaux qu’il va falloir que je réussisse à faire rencontrer les autres. J’ai encore de grands trous dans ma fiction même si les choses se dessinent peu à peu.


18/02/2008 10:57
Flaubert Gustave, L’éducation sentimentale (0 commentaires)

"La foule des hommes qui se tenaient debout sur le parquet, avec leur chapeau à la main, faisait de loin une seule masse noire, où les rubans des boutonnières mettaient des points rouges çà et là, et que rendait plus sombre la monotone blancheur des cravates. Sauf de petits jeunes gens à barbe naissante, tous paraissaient s'ennuyer; quelques dandies, d'un air maussade, se balançaient sur leurs talons. Les têtes grises, les perruques étaient nombreuses; de place en place, un crâne chauve luisait; et les visages, ou empourprés ou très blêmes, laissaient voir dans leur flétrissure la trace d'immenses fatigues, les gens qu'il y avait là appartenant à la politique ou aux affaires. M. Dambreuse avait aussi invité plusieurs savants, des magistrats, deux ou trois médecins illustres, et il repoussait avec d'humbles attitudes les éloges qu'on lui faisait sur sa soirée et les allusions à sa richesse.

Partout, une valetaille à larges galons d'or circulait. Les grandes torchères, comme des bouquets de feu, s'épanouissaient sur les tentures; elles se répétaient dans les glaces; et, au fond de la salle à manger, que tapissait un treillage de jasmin, le buffet ressemblait à un maître-autel de cathédrale ou à une exposition d'orfèvrerie, tant il y avait de plats, de cloches, de couverts et de cuillers en argent et en vermeil, au milieu des cristaux à facettes qui entrecroisaient, par-dessus les viandes, des lueurs irisées. Les trois autres salons regorgeaient d'objets d'art: paysages de maîtres contre les murs, ivoires et porcelaines au bord des tables, chinoiseries sur les consoles; des paravents de laque se développaient devant les fenêtres, des touffes de camélias montaient dans les cheminées; et une musique légère vibrait, au loin, comme un bourdonnement d'abeilles."

Considération d’Oriane (crayon de papier rose): ne dirait-on pas
La disparition du Général Proust qui se passe dans un salon ? Bien sûr il faudrait remplacer M. Dambreuse par (par qui au fait, qui est l’hôte dans La disparition ?) Flaubert insiste quand même beaucoup sur la sujétion des invités, elle est moins au premier plan dans La disparition quoique tout aussi sensible à d’autres traits. Bref, cela demanderait quelques changements, mais minimes…


11/02/2008 14:03
Anonyme, Peines, tortures et supplices (0 commentaires)

"Lorsqu'un Brahmine des bords du Gange a commis quelque faute, il tombe au rang des parias; et sa famille est vouée à l'exécration. Il peut racheter les siens, et s'assurer l'éternité de vie heureuse en se soumettant à cet horrible supplice.

Au bout d'un mât semblable à ceux qui, dans nos fêtes publiques, servent aux divertissements populaires, est placé un pivot de fer sur lequel se trouve posée horizontalement, par le milieu, une longue pièce de bois d'où pendent à chaque extrémité quatre cordes de la hauteur du mât. Sur des côtés, au bout des cordes, sont fixés quatre forts crochets de fer semblables à des hameçons. On fait approcher de cette bascule infernale le brahmine qui veut racheter sa caste; deux de ces crochets aigus lui sont fortement enfoncés dans les chairs de chaque côté des vertèbres dorsales et les deux autres sont appliqués plus bas à la jonction des lombes. Dans cet état ses parents eux-mêmes l'élèvent par les cordes de l'autre extrémité jusqu'à la moitié du mât et s'élançant avec force dans l'arène homicide, ils contemplent en l'air, avec calme, le malheureux décrivant un vaste cercle que son sang reproduit sur la terre. Mais les chairs se déchirent, des lambeaux s'en détachent; il tombe mourant aux pieds de ses bourreaux, demande le pardon de sa faute, et attend la mort sans se plaindre. On accourt cependant, on s'empresse, on l'entoure; vous croyez sans doute qu'on va lui prodiguer des secours? Non, le martyre n'est pas complet: on frotte ses plaies avec de la boue du fleuve qui seule peut achever sa purification; on lui en met dans la bouche, dans le nez, dans les oreilles, et dans cet état horrible, vivant encore, le Gange entr'ouvre ses eaux pour recevoir son dernier soupir!"

Considération d’Oriane (encre rouge): l’imagination humaine n’est jamais en reste pour savoir comment massacrer les hommes. J’ai eu la malheureuse occasion d’assister moi-même à quelques massacres lorsque mon mari était en poste en Afrique. Je pense qu’un des plaisirs les plus profonds des hommes est d’assister aux supplices auxquels il croit pouvoir échapper. Sur ce point, les romains avaient déjà tout compris.


25/12/2007 11:06
Daudet Alphonse, Le petit Chose (0 commentaires)
"Un singulier type d'homme que cet oncle Elstir, frère de Mme Palancy! Ni bon ni méchant, marié de bonne heure à un grand gendarme de femme avare et maigre qui lui faisait peur, ce vieil enfant n'avait qu'une passion au monde la passion du coloriage. Depuis quelque quarante ans, il vivait entouré de godets, de pinceaux, de couleurs, et passait son temps à colorier des images de journaux illustrés. La maison était pleine de vieilles Illustrations! de vieux Charivaris de vieux Magasins pittoresques de cartes géographiques! tout cela fortement enluminé. Même dans ses jours de disette, quand la tante lui refusait de l'argent pour acheter des journaux à images, il arrivait à mon oncle de colorier des livres. Ceci est historique:j'ai tenu dans mes mains, une grammaire espagnole que mon oncle avait mis en couleurs d'un bout à l'autre, les adjectifs en bleu, les substantifs en rose, etc.

C'est entre ce vieux maniaque et sa féroce moitié que Mme Palancy était obligée de vivre depuis six mois. La malheureuse femme passait toutes ses journées dans la chambre de son frère, assise à côté de lui et s'ingéniait à être utile. Elle essuyait les pinceaux, mettait de l'eau dans les godets... Le plus triste, c'est que, depuis notre ruine, l'oncle Elstir avait un profond mépris pour M. Palancy, et que du matin au soir, la pauvre mère était condamnée à entendre dire: "Palancy n'est pas sérieux! Palancy n'est pas sérieux! " Ah! le vieil imbécile! il fallait voir de quel air sentencieux et convaincu il disait cela en coloriant sa grammaire espagnole!
 
Depuis, j'en ai souvent rencontré dans la vie, de ces hommes soi-disant très graves, qui passaient leur temps à colorier des grammaires espagnoles et trouvaient que les autres n'étaient pas sérieux."

Considération d’Oriane (pointe sèche) : qu’ajouter à ce portrait ? Ceci peut-être, Elstir n’a pas toujours été ainsi, cette « décrépitude » n’a commencé pour l’essentiel qu’après les incidents rapportés (même s’ils sont largement déformés par Marc Hodges) dans
La disparition du Général Proust. Qu’y faire, la vie est ainsi, une lente entreprise de démolition.

18/12/2007 9:12
Blanqui Louis Auguste, Lettre à Pierre Joseph Proudhon (0 commentaires)
"Je ne suis d'accord avec vous qu'en une seule chose, c'est qu'il y a trop souvent abus dans ce monde de tous les genres de propriété. Mais je ne conclus pas de l'abus à l'abolition, expédient héroïque trop semblable à la mort, qui guérit tous les maux.

J'irai plus loin: je vous avouerai que de tous les abus, les plus odieux selon moi sont ceux de la propriété, mais encore une fois, il y a remède à ce mal sans la violer, surtout sans la détruire. Si les lois actuelles en règlent mal l'usage, nous pouvons les refaire. Notre code civil n'est pas le Koran; nous ne nous sommes pas fait faute le prouver. Remaniez donc les lois qui règlent l'usage de la propriété, mais soyez sobre d'anathèmes; car avec la logique, quel est l'honnête homme qui aurait les mains tout à fait pures? Croyez-vous qu'on puisse être voleur sans le savoir, sans le vouloir, sans s'en douter? N'admettez-vous pas que la société actuelle ait dans sa constitution, comme tout homme, toutes sortes de vertus et de vices dérivés de nos aïeux? La propriété est-elle donc à vos yeux une chose simple et si abstraite, que vous puissiez la repétrir et l'égaliser, si j'ose ainsi dire, au laminoir de la métaphysique? Vous avez dit, monsieur, dans ces deux belles et paradoxales improvisations, trop d'excellentes choses pratiques pour être un utopiste pur et inflexible. Vous connaissez trop bien la langue économique et la langue académique pour jouer avec des mots gros de tempêtes. Donc je crois que vous avez fait avec la propriété ce que Rousseau a fait, il y a quatre-vingts ans, avec les lettres: une magnifique et poétique débauche d'esprit et de science. Telle est du moins mon opinion."

Considéraion d’Oriane (encre violette): je suis moi-même bien partagée sur ce point car qu’est-ce que la propriété? S’agit-il du livre que j’emporte partout avec moi, de ma paire de chaussure favorite ou de mon manoir de Bretagne et de ma villa d’Antibes? A vouloir réfléchir sur des notions trop abstraites, Proudhon rend son argumentation peu convaincante. De plus, s’agit-il des biens obtenus de naissance, de ceux acquis par son travail ou son intelligence, de ceux volés ou acquis par toutes sortes de forces? J’ai toujours défendu la propriété comme marque de reconnaissance sociale pour le travail effectué pour le bien commun et je ne crois pas qu’il puisse en être autrement.

23/11/2007 10:33
Balpe Jean-Pierre, Mail roman (0 commentaires)

"Comment utiliser le langage si vous ne faites pas confiance à ce qui vous est dit ? Croyez-moi, je ne mens que juste ce qu’il faut pour passer de la réalité à la fiction…

Me voilà à nouveau à Paris pour quelques jours et, même si le rythme habituel de rencontres, débats, réunions que certains d’entre vous connaissent… me laisse assez peu de temps, j’ai décidé, par fidélité à mon ancienne amitié, de lui consacrer chaque jour le temps nécessaire à la rédaction d’un message. Ce sera donc, la plupart du temps, en fin de soirée… Mais, sur ce point particulier, leurs horaires d’expédition en diront assez."

Considération d'Oriane (feutre bleu clair): de nombreux écrivains ont leurs obsessions propres. Chez Balpe c'est à la fois la confiance et la défiance envers la parole et la nécessaire complicité que doit accepter d'établir le lecteur avec l'auteur pour que la fiction soit acceptable. Il s'agit en fait, pour le lecteur, de faire preuve d'une certaine dose de naïveté, de gober de l'invraisemblable… J'aimerais bien établir un autre type de relation… Mais lequel?


05/11/2007 11:03
Aicard Jean, Notre Dame d’amour (0 commentaires)
"—Voilà, dit-il, c'est abominable. Ah! comme j'en ai un, de remords!... Nous étions, figurez-vous, à la guerre, voilà sept ans, si je compte bien, si Barême n'est pas un âne, on s'était battu depuis le jour levé, contre ces Prussiens qui sont des hommes comme vous et moi, n'est-ce pas? Vous dire où nous étions, par exemple, ça, je ne le peux pas; c'était par là-haut, dans le nord, près de Dijon, nous avions reçu des coups de fusil de ces Prussiens, et nous leur en avions rendu tout le matin. Nous étions, Cabrol qui est là et moi, soldats de la même compagnie et nous avions tiré ensemble, que je dis, des coups de fusil tout le matin.... A présent, tout s'en allait, de tous côtés, à la débandade, va comme tu voudras, chacun pour soi; on filait, comprenez, comme une manade folle qui s'éparpille de peur, on ne sait pas pourquoi,—parce que le bateau à vapeur siffle sur le Rhône... pour rien, on filait, voilà tout, on détalait, on se levait de devant. Ce fainéant qui maintenant boit là, bien tranquille à mon côté, comme si rien n'était, ce Cabrol que vous voyez était avec moi, oui, près de moi, et nous filions, nous ne voulions pas nous quitter, mais il traînait la jambe, et moi aussi, fatigués tous deux, oh! oui, un peu trop, à moitié crevés de fatigue... et voilà que nous nous arrêtons dans un petit bois, où les arbres étaient serrés, serrés comme des soldats à l'exercice; nous étions bien cachés là, dans ce fourré, au beau milieu d'une plaine, au bord d'une route, où, de temps en temps passaient les derniers traînards. Tous avaient défilé ou à peu près, car il n'en passait plus guère. On allait au hasard, devant soi, vers Dijon je pense, et voilà que nous étions seuls tous deux, ce Cabrol et moi, tous deux seuls, maîtres de nous, maîtres, vous comprenez, de rester là ou de partir, de déserter.... Et nous y pensions. Tout à coup, sur la route qui était découverte, en plaine, passent quatre soldats et un officier de notre régiment. Un des soldats et l'officier étaient blessés, vous entendez bien, blessés, un des soldats et l'officier. Cinq en tout…"

Considération d’Oriane (Encre violette): est-il utile que j’explique pourquoi ce texte m’intéresse?

07/08/2007 7:20
James Henry, The Aspern papers (0 commentaires)
"We had more than enough material without them, and
 
my predicament was the just punishment of that most fatal of human follies, our not having known when to stop.
 
It was very well to say it was no predicament, that the way out was simple, that I had only to leave Venice by the first train in the morning, after writing a note to Miss Tita, to be placed in her hand as soon as I got clear of the house; for it was a strong sign that I was embarrassed that when I tried to make up the note in my mind in advance (I would put it on paper as soon as I got home, before going to bed), I could not think of anything but "How can I thank you for the rare confidence you have placed in me?"  That would never do; it sounded exactly as if an acceptance were to follow."

Considération d’Oriane (feutre bleu nuit) : j’aime bien les textes d’Henry James qui est un écrivain dont il est difficile d’extraire un fragment tant les phrases s’enchaînent aux phrases sans temps mort. De plus, une grande part de son œuvre est une profonde métaphore de l’écriture elle-même ce qui est peut-être la seule justification du désir d’écrire, activité fortement autojustificative. Sinon, dans le grand silence de l’écriture, pourquoi persister ?

15/06/2007 5:31
Anonyme, publicité de l’association WICE (non profit, volunteer-based association) (0 commentaires)
"What makes writers want to write ? How do they get started and then, what keeps them going ?
 
Join us for informal conversations with accomplished writers in the field. A moderated open discussion between the writer and the attendees will follow."

Considération d’Oriane (Gros feutre rouge) : bonnes questions, qu’est-ce qui pousse quelqu’un à écrire, comment débuter et pourquoi continuer à écrire ?… En ce qui me concerne, je suis entre la première et la deuxième question. J’ai envie d’écrire, vraiment, je ne pense qu’à ça, je ressens ce besoin de poser sur le papier le flot de mots qui passe sans cesse dans ma tête mais je ne parviens pas à démarrer vraiment, c’est-à-dire à me décider d’écrire ce que l’on appelle « une fiction » ou « un poème » car k’éprouve devant cela la prégnance des formalismes et je ne veux pas me sentir enfermé par une forme ou une étiquette. L’aboutissement logique qu’est le livre, cet objet définitivement figé, mort, me répugne autant que pourrait le faire un cadavre alors je me contente de mes notes tout en sachant qu’elles sont un en-deça de l’écrit que je porte mais qui ne parvient pas à trouver encore sa forme. Quant à continuer… je n’en suis pas là. Faudrait-il que je participe à un de leurs ateliers ? En tous cas, je sens dans la tranquille confiance de cette annonce une assurance que je suis loin de partager.

05/04/2007 14:46
Nietzsche Friedrich, Considérations intempestives (Trad. H Albert) (0 commentaires)
"En cet endroit, songeant à la jeunesse, je m’écrie : Terre ! Terre ! C’en est assez et plus qu’assez des recherches passionnées, des voyages à l’aventure, sur des mers sombres et étrangères ! Enfin la côte apparaît. Quelle que soit cette côte,

c’est là qu’il faut atterrir,

et le plus mauvais port de fortune vaut mieux que le retour dans l’infini sceptique et sans espoir.

Tenons-nous en toujours à la terre ferme ;

plus tard nous trouverons bien les ports hospitaliers et, à ceux qui viendront, nous faciliterons l’abordage."

Considération d’Oriane (crayon rouge) : s’en tenir à la terre ferme, atterrir quelque part… qui ne le souhaite ? La vie, hélas, m’a ballotté comme une vulgaire coquille de noix et seuls quelques bras d’hommes m’ont retenu dans cette succession de tempêtes. L’amour est une ancre. peut-être la seule suffisamment solide même si toute ancre est attachée à sa chaîne…

05/03/2007 14:22
Giraud Éric, La fabrication des américains (0 commentaires)
"…le maïs — l’iguane — le manioc — les mélanges de faits et de fictions — les descriptions — l’invention de l’or — l’enlèvement des femmes et des enfants — l’esclavage — les appétits sexuels — le jeton de cuivre au cou — les mains tranchées — saignées à blanc — les mines — le sang — l’eau — la sueur — les héros — les victimes — les marées — les arrivées — la cruauté — les « poitrines marquées au fer rouge des sceaux des différentes compagnies hollandaises anglaises ou françaises » — l’enchaînement au pont par le cou et les jambes…"

Considération d’Oriane (feutre vert émeraude) : la tentation de l’os, gratter la phrase jusqu’à l’os, ne rien laisser de superflu. J’ai parfois aussi cette tentation — en témoignent partiellement mes carnets — celle d’une grande partie de la poésie contemporaine. Pourtant elle me laisse aussi en partie sur ma faim… Je ne saurais trop dire pourquoi… Peut-être parce que juxtaposer ainsi c’est refuser de prendre parti : un regard neutre, une caméra qui se promène sur les massacres mais ne juge pas. Un peu le rôle des écrans dans La disparition du Général Proust…

14/02/2007 7:23
Crevel René, Mon corps et moi (0 commentaires)
"Or ce soir je suis seul.
Seul dans une chambre d’hôtel.

C’est maintenant que devrait venir, si elle eût dû venir jamais, la minute où, libre de toute présence, il est possible à l’homme de se débarrasser du souvenir même.

Pourquoi alors m’être rappelé l’existence des autres? Serait-ce que je ne m’aime pas du moins pas assez pour me souffrir? Solitude, la plus belle des fêtes, viendra-t-il ton miracle?"

Considération d’Oriane (crayon rouge) : bonne question en effet…

20/01/2007 6:51
Auster Paul, La chambre dérobée (Trad. P Furlan) * (0 commentaires)
"Je n’ai pas l’intention d’entrer dans les détails.

Aujourd’hui tout le monde sait à quoi ressemble le travail de Fanshawe. On l’a lu, on l’a discuté, il y a eu des articles et des études, c’est devenu un patrimoine public. Si j’ai quelque chose à ajouter, c’est uniquement qu’il ne m’a pas fallu plus d’une heure ou deux pour comprendre que mes sentiments n’avaient aucune espèce d’importance.

S’intéresser aux mots, s’investir dans ce qui est écrit, croire au pouvoir des livres — voilà qui submerge tout le reste, et en comparaison notre propre vie se rapetisse considérablement.

Je ne dis pas cela pour m’envoyer des compliments ou pour placer mes actes sous un éclairage plus avantageux."

Considération d’Oriane (feutre fluo vert) : les écrivains m’ont toujours paru très présomptueux qui s’imaginent que leur travail est plus important que n’importe quoi que ce soit d’autre au monde. Ou très naïf. La littérature est avant tout affaire de commerce et ce qui fait partie de ce que l’on appelait autrefois les « humanités » n’a qu’un rôle très limité dans le dressage de l’animal humain. La littérature est inutile… C’est peut-être là, d’ailleurs, son seul intérêt.


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